Faire des jardins...

Réflexions en vrac et au fur et à mesure qu'elles émergent, sur mon métier de paysagiste, qui s'organiseront peut-être un jour...

Jardins :
L'Ecole Nationale du Paysage de Versailles (l'ENSP pour les intimes) forme des paysagistes DPLG, des gens capables notamment de faire des projets de "grand paysage".

 

Moi, ce qui m'intéresse, c'est de faire des jardins. Ce n'est pas contradictoire : si l'on y songe, toute parcelle de terre, à quelque échelle que ce soit, que l'on distingue de ce qui l'entoure, que l'on transforme afin de lui donner la forme d'une idée ou d'un rêve, qui possède son identité propre, fruit de cette idée et du terrain où elle prend forme, et à laquelle on donne un nom, est déjà un jardin.

Expérimenter :
On m'a fait une réflexion intéressante, hier : "si tu montres ton blog du potager à tes clients, ils vont être horrifiés !" Je me suis dit "peut-être bien !" Mais d'un autre côté, ce que j'expérimente chez moi n'a rien à voir avec ce que je fais en réponse à une commande !
Lorsqu'on travaille pour un client, il ne faut pas se louper. Il faut savoir exactement quel sera le résultat sur le terrain des idées lancées sur le papier. Or, chaque situation est différente. Faire un jardin, c'est anticiper le résultat d'une grande combinaison de facteurs, que l'on ne connaît pas tous : terrain, environnement, usage du lieu, habitants, climat, sol, moyens d'entretien, savoir des gens qui entretiendront... Il y a toujours une part d'imprévu dans un jardin, c'est le propre de tout ce qui vit.
En conséquence, le plus raisonnable quand on est appelé pour un jardin privé, c'est de rester dans les limites connues. Tout dépend du paysagiste, ces limites sont plus ou moins larges.... et tout dépend de l'expérience de chacun.
Or, nous y voilà, mon potager EST un lieu d'expériences, et d'apprentissage (non, on n'apprend pas tout à l'ENSP). C'est grâce aux expérimentations que j'y fait et aux observations qui en découlent que je progresse. Grâce aussi aux questions que je me pose obligatoirement lorsqu'arrive quelque chose que je ne comprend pas, qui me forcent à chercher une réponse...

Le paysage, le jardin, définitivement, ça ne s'apprend pas dans les livres. Les livres sont un soutien précieux, indispensable, un guide (d'ailleurs j'ai envie de faire une catégorie "lectures" dans ce blog), mais pour "savoir" en matière de création paysagère, il faut "essayer".
Plus on "fait", plus on a essayé, et meilleur on est.
Donc, voilà !

 

Emotion:

Hier (septembre 2009) je suis allée avec une amie paysagiste à un rendez-vous avec des jardiniers, dans l'éventualité de travailler ensemble sur un jardin pour un festival bien connu. En chemin dans le train, nous avons fait un léger "brain storming" sur ce que nous évoquait le thème imposé : "corps et âme", et nous avons commencé à esquisser quelque chose... A l'arrivée, les jardiniers nous ont présenté leur idée pour le jardin : conforme au thème, mais... elle ne m'a pas séduite du tout.

Je me suis rendue compte d'un coup de la différences de nos formations de "paysagistes" et de "jardiniers". Si je n'étais pas allée à l'ENSP, j'aurais sans doute proposé un jardin "intellectualisé" proche du leur. Mais élèves paysagistes, nous avons appris, en quatre ans de dur labeur, que créer un paysage ou un jardin, c'est créer de l'émotion, du sens, adressé à celui qui voit le jardin (son visiteur ou son propriétaire). Le reste n'est qu'outils, qu'il faut apprendre à manier, et c'est le travail des jardiniers.

Etre jardinier-paysagiste, avec tout ce que cela implique, c'est le summum et c'est rare. Gilles Clément est de ceux-là.

Il s'en faut de peu qu'un endroit où l'on se sentait bien devienne tout à coup désagréable, sans qu'on sache trop pourquoi. Un jardin public tout neuf s'est vu bouder par la population, qui pourtant manquait "d'espaces verts", jusqu'à ce qu'on le réaménage un peu différemment: on a vu alors affluer les gens...

Répondre à une commande -ou à un thème imposé- en la prenant au pied de la lettre, sans penser à l'émotion qu'on veut susciter chez les gens, c'est s'arrêter avant le moment intéressant... 

C'est peut-être pour ça que je me plaîs à fouiller un peu "l'âme" de mes clients avant de leur proposer tout aménagement, sur mesure pour eux...



A suivre...

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus