Voyage dans les mondes intérieurs -1-

Voici un petit travail appelé "dossier sensible" effectué en troisième année à l'école du paysage, lors du premier semestre passé à l'antenne marseillaise.
 
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INTRODUCTION

On rencontre parfois, au détour d'une rue, des lieux insoupçonnables, qui nous surprennent, nous enchantent, et nous donnent l'impression d'être soudain très loin de la ville qui nous entoure.

On se sent transporté ailleurs, mais pourtant on se trouve dans le coeur même de la ville. Comme si la substance urbaine, concentrée sur elle-même, réagissait comme une formule chimique, en formant un précipité de lieu, à la fois différent du quartier qui l'environne et pourtant exprimant son essence même.

C'est toujours étonné que l'on découvre ces "mondes intérieurs", car leur approche semble toujours annoncer autre chose que ce que l'on y trouve finalement. Une entrée anodine, une appellation qui donne une idée fausse... au moment d'entrer dans ce genre de lieux, tous les signes visibles concourent à former, dans l'esprit du promeneur, une image nette, qui ne correspond pas à la réalité. En bref: le titre du livre n'a rien à voir avec ce qu'il raconte.

Pour poursuivre la comparaison littéraire, on peut ressentir, sur le seuil de ces lieux, le même étonnement qu'Alice, lorsqu'elle s'aperçoit que le miroir ne se borne pas à être cet objet anodin du quotidien, mais la porte d'un autre monde. Plus récemment, Harry Potter plonge dans le monde de la magie en traversant le mur d'une arrière-cour, au fond d'un pub miteux du Londres actuel...

Ces lieux "magiques" sont pourtant constitués d'éléments que l'on retrouve régulièrement dans toute la ville. Peut-on alors analyser ce qui leur donne cette atmosphère particulière qui nous touche ? Comment ces mondes intérieurs créent, chez le promeneur, l'étonnement, l'admiration, et parfois d'autres sentiments comme l'inquiétude ? Et, plus globalement, qu'est-ce qui touche notre sensibilité humaine, dans ces lieux dont ce n'est pas l'objet ? Est-ce tel ou tel élément ? La combinaison fortuite de plusieurs d'entre eux ? Comment se forme cette alchimie ?

En parcourant Marseille et ses différents quartiers, j'ai rencontré par hasard plusieurs de ces lieux, et je raconte ici celui qui m'a fait la plus grande impression :

- La rue des Ports du Sud, dans le quartier de Malmousque

Ce dossier retrace la rencontre de ce monde intérieur, en tentant à la fois de décrire objectivement ses caractéristiques paysagères et de traduire les impressions ressenties en le parcourant.



L'APPROCHE, RUE BOUDOURESQUE

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La rue commence après le portail vert. Le poteau électrique, repérable aux fils, en marque l'entrée...

J'ai découvert ce monde intérieur lorsque je recherchais, pour mon dossier thématique, des vestiges de décorations en rocailles de ciment. Je parcourais donc systématiquement toutes les rues, les impasses, les traverses, les escaliers, en regardant partout, et je suis persuadée que sans cet oeil fureteur, je n'aurais jamais remarqué cette rue.

La rue des Ports du Sud est camouflée; d'une part par le trottoir, d'autre part par une seconde marche.
 
En fait, le trottoir seul suffit à tromper le passant. On ne s'attend pas à trouver une voie au-delà d'un trottoir. Les rues qui se croisent sont toujours greffées entre elles par la chaussée. Ce n'est pas le cas ici.
 
On pourrait ajouter que ce camouflage est encore renforcé par la fréquence des bateaux (entrées de garages) sur ce trottoir, qui suggèrent un accès existant au-delà de la ligne de façades; justement, la rue des Ports du Sud n'en a pas.
 
Donc, depuis le trottoir et une partie de la chaussée, rien n'annonce une rue.



PREMIERE ETAPE, L'ENTREE
 
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Depuis la rue Boudouresque, on croit facilement voir une impasse, qui se terminerait avec la grande maison au bout.
 
Cependant, la lumière éclaire brillamment le sol et la façade, tout à l'extrémité de ce couloir d'ombre. Cette lumière attire le regard, joue le rôle d'un appel, et l'orientation de la maison suggère un espace vers la gauche, même si à ce stade rien ne laisse présager qu'il puisse y avoir autre chose qu'un simple dégagement.
 
La végétation des jardins déborde des clôtures, introduisant l'ambiance privée dans l'espace public.
 

DEUXIEME ETAPE: DEPUIS LA CHICANE

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Arrivé au dégagement, qui est d'une largeur de quatre mètres environ, on aperçoit immédiatement qu'il se prolonge après avoir formé une chicane avec la première allée. La chicane est spacieuse, bien ensoleillée, et pourrait presque servir de placette aux riverains si l'on y mettait ne serait-ce qu'un banc.
 
Après la chicane, l'allée garde une largeur confortable (2,60 m) sur quelques mètres de long, avant que les murs ne se rapprochent à nouveau. Cette portion est accompagnée de la végétation des jardins privés, et lorsque l'allée se rétrécit, les végétaux l'ombragent totalement. Un pin, qui semble s'être échappé d'un jardin voisin, participe à cette voûte ombreuse, et marque le passage de cette portion à la suivante, que l'on perçoit par l'amorce d'un virage à droite.
 
Cette fois, pour continuer son chemin, il faudra affronter le confinement de l'espace et l'obscurité.
 
                                                 … A SUIVRE ICI

 

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