SIXIEME ETAPE : LA SECONDE CHICANE

L'ouverture aperçue s'avère être une seconde chicane, bien différente cependant de celle, large et lumineuse, que l'on a rencontrée au début du parcours. (Comme
elle semble loin ! Un soupçon de nostalgie fait son apparition...)
Les murs se font plus hauts, l'espace se ferme de plus en plus et s'étire verticalement à l'infini. Pour percevoir le ciel dans son champ de vision, on est obligé
de pencher la tête très en arrière, et ce faisant, on ne voit qu'un polygone clair entouré d'une zone plus sombre. (Est-ce tout ce qu'il reste du ciel ?)

Au-delà, le labyrinthe se poursuit toujours...
SEPTIEME ETAPE : L'IMPASSE

Et soudain, c'est la fin du parcours ! Le labyrinthe prend fin en réservant la plus grande des surprises : c'est un cul-de-sac.
Première constatation : l'appellation de "rue" est erronnée. Ce mot avait pourtant servi de prétexte à "la voix de la raison" pour poursuivre le chemin, tandis que
"la voix de l'instinct" avait senti venir le piège... (comme quoi, la raison...!) La vérité est que la dernière portion aboutit à la porte d'un jardin. On entend bien, de nouveau, les bruits de
la rue, à quelques mètres au-delà de l'obstacle, mais il n'y a aucun passage autorisé.

Le seul moyen de s'échapper est de faire tout ce chemin en sens inverse... ce ne sera pas long, la rue des Ports du Sud ne fait même pas cent mètres de
long...

CONCLUSION
L'aspect qui est peut-être le plus pregnant dans la rue des Ports du Sud est l'impression croissante de transgresser une frontière privée, alors qu'on se trouve
dans un espace public. Cette impression se traduit par plusieurs éléments:
- les dimensions réduites de l'espace, qui devient de plus en plus petit à mesure que l'on s'enfonce dans la rue
- la végétation des jardins, dont les frondaisons empiètent largement sur l'espace public et participent pour une bonne part au paysage et à l'ambiance de la
rue
- le paysage sonore, qui introduit le promeneur dans l'intimité des habitants. Les sons privés deviennent très vite plus audibles que les bruits des rues
avoisinantes.
L'impression de départ semble trouver une confirmation en fin de parcours: seuls les riverains utilisent cette "rue", dont l'appellation traduit mal sa nature
véritable.
Bien d'autres "mondes intérieurs" existent à Marseille, et comme pour la rue des Ports du Sud, leur attrait vient de la surprise que l'on a à trouver un lieu
différent de celui auquel on s'attendait. Pour prendre un second exemple, évoquons brièvement le passage de Lorette, qui relie le quartier du Panier à la rue de la République par un escalier de
sept mètres de dénivellation. Le passage, sombre et étroit, révèle en son milieu, tout à coup, une immense cour intérieure, aux parois élevées, et ornées de guirlandes bariolées faites de linge
qui sèche.
La rue des Ports du Sud, sans doute héritée de l'ancien quartier composé de maisons de plaisance closes de murs et de pavillons entourés de jardins, est un reliquat
du passé. La surprise qu'elle provoque n'est pas intentionnelle. Cette surprise peut-elle être commandée, y a-t-il une formule pour fabriquer des mondes intérieurs ? Essayons.
"Formule des mondes intérieurs :
- faire que le regard n'englobe pas tout l'espace d'un coup : créer de nombreux changements de direction ou de niveau
- jouer avec les contrastes : de volumes (d'un lieu ouvert à un lieu fermé, et inversement), de lumière, de sons, renversement de dominante, ambiance "privée" ou
"publique"
- tromper le promeneur rationnel par un nom qui ne correspond pas à la réalité, ou seulement en partie. Lui cacher l'essentiel..."
..... FIN .....